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Insertion des jeunes diplômés : Une approche genre du marché du travail au Sénégal

Par Oumy Ndiaye, economiste chercheure, Université Cheikh Anta Diop


Le gouvernement du Sénégal a fait du capital humain l’un des axes stratégiques phare, dans la phase II du Plan Sénégal Emergent (PSE), à travers l’éducation et la formation. Cependant, les jeunes, et particulièrement les femmes, constituant les principales cibles de cet axe de croissance, peinent à s’insérer dans le marché du travail après l’obtention de leurs diplômes.

Constitué d’une population à majorité jeune (50,4 % de la population totale), selon le dernier recensement général de la population (RGPHAE, 2013), le Sénégal est confronté à un problème drastique de chômage touchant la population la plus active (20-35ans) qui représente le tiers (33%) de la population urbaine et le quart en milieu rural (25%). Les plus diplômés notamment les femmes restent les plus touchés par ce chômage. En Afrique, la problématique de l’emploi demeure un enjeu majeur de politique économique et social. En effet, bien qu'il soit un facteur d'intégration sociale par excellence et un levier incontestable de la croissance économique, l’emploi fait cruellement défaut chez les jeunes diplômés et surtout chez les femmes. C'est pourquoi aujourd'hui, tous les dirigeants et leaders sont préoccupés par ce fléau qui gangrène les sociétés africaines. Pourtant, la quatrième conférence mondiale sur les femmes à Pékin en 1995 avait soulevé de grandes lacunes à combler, mais le constat est que les inégalités entre hommes et femmes perdurent sur les marchés mondiaux du travail, en termes d’égalité des chances, de traitement et de résultat selon le rapport sur les femmes au travail publié par l'Organisation International du Travail (OIT1) en 2016. Un des phénomènes les plus frappants de ces deux dernières décennies est que les avancées considérables des femmes en matière de réussite scolaire ne se sont pas traduites par une amélioration comparable de leur situation d’emploi. A l’échelle mondiale, les femmes sont plus exposées au risque de chômage, ont moins de chance de participer au marché du travail et sont souvent confinées dans des emplois précaires. Entre 1995 et 2015, le taux mondial de participation des femmes à la population active est passé de 52,4 % à 49,6%, un taux assez faible en plus d’avoir baissé (OIT, 2016). Selon le rapport des Nations Unies (2015), cette situation des femmes dans le marché du travail serait imputable aux tâches domestiques où ces femmes sont longtemps confinées mais aussi à des contraintes culturelles qui ont favorisé des inégalités historiques et sociales dans l’accès au savoir. Alors que les dernières estimations dénotent que les femmes représentent plus de la moitié de la population mondiale, à l’échelles des pays, elles contribuent moins que les hommes à la valeur de la production enregistrée à la fois quantitativement à la population active et qualitativement à la réussite scolaire et la main-d’œuvre qualifiée (Olukemi et Lawanson, 2008). La même tendance est observée en Afrique subsaharienne où les femmes gagnent 30% de moins que les hommes (Nations unies, 2015). L’OIT (2016) rapporte que 60% des travailleuses sont employées dans l’agriculture, 34.9% dans l’entreprise familiale et 42.5% pour compte propre (OIT, 2016). Au Sénégal, comme dans la plupart des pays en voie de développement, les femmes constituent une part importante des pauvres et des chômeurs, leur taux de participation au marché du travail est faible et nombreuses sont celles qui évoluent dans le secteur informel ou occupent des emplois faiblement rémunérés et sans protection sociale. Selon le rapport de l’Enquête Nationale sur l’Emploi au Sénégal (ENES2 ,2015), le taux de participation des femmes au marché du travail est plus faible que celui des hommes (37,8% dans la population de 10 ans de travail ou plus) alors que le niveau de sous-emploi est plus important chez les femmes avec un taux de 40,3%. Aussi le chômage est plus concentré sur les femmes (22,6%) et l’emploi salarié demeure faible chez elles (22,8%). Cette faible participation des femmes au marché du travail et leur situation vulnérable favorisent la féminisation de la pauvreté, un phénomène qui a augmenté au cours des dernières années. Par ailleurs, seulement plus de trois femmes sur dix sont actives sur le marché du travail, alors qu’elles font plus de la moitié de la population en âge de travailler (ANSD4 , 2015). Cette faible présence des femmes sur le marché de l’emploi est d’autant plus marquante que le poids des femmes dans la population en âge de travailler est plus important. C’est ainsi que l’État du Sénégal a mis en œuvre plusieurs programmes et politiques depuis 2000 (la première alternance) afin de répondre favorablement à cette demande d’emploi de plus en plus croissante des jeunes notamment des femmes dans le marché du travail. Ceci a permis au gouvernement de s’engager en 2014, dans la mise en œuvre du Plan Sénégal émergent (PSE), qui inscrit la Politique nationale de l’emploi (PNE) parmi ses axes d’intervention essentiels, avec pour objectifs de « promouvoir la création massive d’emplois » et d’« améliorer le suivi et la gestion du marché du travail ». Comme ce projet n’a pas répondu aux attentes des autorités étatiques, malgré la convention État-employeur créée depuis 1987 dans une perspective d’améliorer la productivité et la compétitivité des entreprises nationales et locales par la promotion de l’emploi des jeunes, la Délégation générale à l’entreprenariat rapide (DER) qui est un instrument destiné à la promotion de l’entreprenariat a vu le jour récemment, pour promouvoir l’accès à l’emploi et stimuler la création d’entreprises chez les jeunes à travers des financements de projets à hauteur de 30 milliards F CFA. Une seconde remise de financement a eu lieu pour la création d’emplois toujours. Toutefois, malgré l’engagement des autorités du pays à promouvoir l’emploi des jeunes, la problématique du chômage reste toujours au cœur des préoccupations majeures des décideurs politiques surtout l’insertion professionnelle des jeunes diplômés au Sénégal. Dès lors, ce présent article a pour principal objet de fournir des recommandations clés pour booster l’emploi des jeunes diplômés notamment des femmes au Sénégal. Ceci grâce à une analyse critique de l’insertion professionnelle des jeunes femmes diplômées des établissements des enseignements général et professionnel au Sénégal. En conclusion, pour augmenter le taux de participation des femmes Sénégalaises en âge de travailler et améliorer leurs conditions de travail, nous recommandons les réformes suivantes :  Une amélioration du capital humain des femmes, grâce à l’éducation, la formation et l’alphabétisation. Les résultats ont montré que les niveaux d’instruction la formation et le fait d’être alphabétisée augmentent les chances de participer au marché du travail. En outre, plus le niveau d’éducation est élevé plus les femmes s’orientent vers les secteurs moins précaires tels que le public et le privé. De ce fait si une plus grande participation des femmes à la population active est un objectif souhaitable, le gouvernement devrait se concentrer sur l’éducation des femmes, en les accompagnants et les maintenir jusqu’à ce qu’elles atteignent le niveau supérieur. Il faut qu’il encourage aussi la formation et l’alphabétisation de ces dernières.  Décentralisation et développement du secteur privé dans les zones rurales et les autres centres urbains. Puisque les résultats ont montré que les femmes qui se trouvent à Dakar ont plus de chance que celles vivant dans les autres zones de s’activer dans le secteur privé que d’être des travailleuses indépendantes. Pour ce faire le gouvernement peut faire une décentralisation, construire des infrastructures, encourager les investisseurs à investir dans ces zones afin d’y développer l’industrialisation. Cela permettrait aux femmes d’avoir plus d’opportunités de travail.  Promotion des politiques visant à réduire le nombre d’enfant par femme afin d’augmenter leur participation sur le marché du travail. Puis que l’étude a révélé que, plus le nombre d’enfant augmente, plus les chances d’être active diminuent.



Références bibliographiques

  • ANSD. «Enquete Nationale sur l'Emploi au Sénégal(ENES-2015).» Rapport national, 2015. ANSD.

  • «Recensement Général de la population de l'Habitat, de l'Agriculture et de l'Elevage(RGPHAE2013).» Rapport national, 2013.

  • OIT. «Les femmes au travail: Tendance 2016.» Rapport, 2016.

  • OLUKEMI, I. and LAWANSON. «Female Labor Force Participation in Nigeria. Determinants and Trends.» Departement of Economics, University of Lagos, Nigeria, 2008.

  • ONU. «Les Objectifs du Millénaire pour le Développement(OMD-2015).» Rapport, 2015.

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