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Interaction entre genre et conflit

Updated: May 19

Par Philomène Coumba TINE


De tout temps les conflits ont été motivés par des idéologies et des intérêts partisans (corruption, violation des droits de l’homme), des inégalités socio-économiques entre des groupes (manque d’emploi), des conflits pour la gestion et la distribution des ressources naturelles etc. Ces conflits notamment ceux armés ont un réel impact sur les femmes et les jeunes filles. En l’an 2000, le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies a approuvé la Résolution 1325 sur les femmes, la paix et la sécurité car l’institution s’est rendu compte du lien qui existait entre les conflits armés, la paix et la dimension genre. Le manque de données exact sur le nombre des victimes féminines à l’échelle mondiale pourrait occulter l’ampleur du problème. Néanmoins les statistiques de l’OMS montrent que dans les pays en en proie à la guerre, les taux de mortalité maternelle sont deux fois plus élevés. (Patten, 2018)


Généralement en cas de conflit, ce sont les femmes et les enfants qui sont les plus touchés. Les violences à leur égard se manifestent par des viols, un esclavage sexuel, des déplacements forcés, des grossesses non désirées etc. C’est le cas en RDC où des filles ont été retenues en forêts et utilisées comme esclaves sexuelles par des combattants (Muhiwa, 2008). Précisons que les violences sexuelles en temps de conflit sont définies comme une criminalité « de genre » (Nahoum-Grappe, 2011). Ces violences entrainent également des effets sanitaires. Il a été démontré que les violences faites aux femmes accroissent le sida et autres maladies sexuellement transmissibles. (Nfundiko, 2015 )


Bien que les guerres aient des conséquences dévastatrices sur le genre féminin, dans beaucoup de cas, les femmes ne revêtent pas seulement le statut de victimes. Pour des raisons qui leurs sont propres, elles peuvent aussi jouer un rôle crucial dans l’amplification de conflits armés. Idéologies, croyances, normes et statut sociales affectent leur prise de décisions lors de leur engagement dans les luttes. Par exemple, par le passé de nombreuses femmes somaliennes avaient rejoint le mouvement Al-Shabaab pour se protéger des violences claniques. En Casamance, elles ont participé de manière active dans le processus relationnel, d’information et de ravitaillement des groupes rebelles car, comme elles l’ont dit, ce sont leurs maris, leurs fils, leurs oncles ou pères qu’il fallait sauver (Ndiaye, 2001). Parfois aussi l’implication des femmes dans les groupes armés a été influencée par des sentiments patriotiques dont l’objectif est de participer à la protection du terroir contre les agressions extérieures, telle l’attaque du Kivu par les troupes rwandaises et burundaises (Ndiaye, 2001). A ce sujet Felices-Luna précise que la violence est légitimée par celles-ci en ce sens qu’elle est un outil politique légitime de production de changement. Elle révèle que les combattantes se positionnaient en tant que citoyennes à part entière, en s’attribuant et en exerçant, par ce fait, des droits et des responsabilités d’ordre politique et militaire. Autrement dit, elles participent directement dans la gouverne en faisant valoir leur droit citoyen de contrôler l’État pour exiger des changements sociaux, économiques et politiques et en revendiquant leur légitimité à renverser le pouvoir en place par la lutte armée lorsque d’autres options semblent faire défaut (Felices-Luna, 2007).


Ainsi la violence n’est plus seulement l’apanage exclusif de l’homme car l’engagement des femmes dans les conflits armés relève de plusieurs paramètres qui peuvent être d’ordre: social, culturel, économique, environnemental pour ne citer que ceux-là (Nfundiko, 2015 ).


Au vu des nombreuses postures qu’elles peuvent adopter durant les conflits (Boutron, 2019), les Nations Unies suggèrent à ce qu’elles soient mieux associées dans tous les aspects de négociation : de la prévention, au de maintien et consolidation de la paix, en passant par la reconstruction et de la démocratie. Même si elles peuvent être une arme lors des conflits armés, elles peuvent également être vectrices de paix ; car il faut souligner que très souvent dans leur quotidien elles sont souvent très actives dans la défense des droits des populations vulnérables. En travaillant sur les questions liées à l’impact des femmes sur la société, en participant à des activités de la vie publique et politique et en renforçant leurs capacités en leadership, les femmes peuvent contribuer de manière plus inclusive et durable à la stabilité de leur environnement. En ce sens l'Union Nationale des femmes érythréennes née pendant la guerre et dont la politique consistait à l’adoption d’une égalité hommes/femmes a mené un combat acharné pour le droits de la femme. Grâce à elle, le viol est aujourd'hui sanctionné d'une peine de prison pouvant aller jusqu'à 15 ans (Houérou, 2000). A travers des actions de lutte et de résistance, de sensibilisation, d’information et de communication, elles n’hésitent pas à se constituer en qualité de médiatrices, facilitatrices, ou même de martyr afin d’atteindre leurs objectifs (CPRV, 2016).


Malgré toutes ces prédispositions, elles restent toujours absentes ou sont très peu représentées lors des processus de négociations de paix et autres types d’initiatives liées à la construction d’une sortie pacifique aux conflits. En Haïti, les groupes de femmes de la société civile étaient absentes lors de la conférence décisive des bailleurs. Leur absence autour de la table a montré un réel manque de prise en compte de l’opinion des femmes quant aux perspectives de reconstruction du pays (post-conflit, 2013). Pourtant les recherches ont montré que la prise en compte de l’égalité des sexes est un enjeu de sécurité globale (Kirby & Shepperd, 2016), celle-ci concerne de nombreux aspects tels que la participation des femmes à la reconstruction post-conflit, aux activités politiques, aux élections, aux actions pour la promotion des droits, aux actions sociales, économiques et culturelles. Ainsi l’autonomisation des femmes peut être la première ligne de défense contre le militarisme et l’extrémisme violent (Kirby & Shepperd, 2016).


Actuellement pour pallier à ces écarts discriminatoires de plus en plus les associations de femmes dans le monde sont présentées dans les processus de négociation et de construction de la paix. Au Sénégal l’association Usana, qui regroupe les femmes de la capitale régionale de Ziguinchor et de la Basse Casamance, associe le mystique et les négociations pour tenter d’impacter sur la résolution de la crise au sud du pays (Foucher, 2007). Précisons que c’est en fonction des besoins spécifiques et des réalités de chaque zone que les femmes trouvent des réponses adéquates aux situations qui se présentent à elles. Selon Claire Melamed, les femmes élaborent souvent de meilleures stratégies de survie que les hommes (post-conflit, 2013). De plus, celles-ci sont prêtes à jouer un rôle actif dans le processus de paix car non seulement entant les premières victimes mais aussi que les conflits détruisent la vie qu’elles donnent en tant que mères. Il faut également souligner le fait qu’elles soient de bons négociateurs en matière de paix. Au Burundi par exemple l’entrée des femmes au parlement a permis d’améliorer le statut et la condition de la femme mais aussi de consolider la paix dans le pays. De par l’adoption de stratégies simples de prévention des conflits, elles ont essayé de sauver des vies en prévenant la population et en cachant des enfants. Elles ont aussi procédé à des collectes de vêtements, de nourriture et d'argent afin d'aider les autres femmes dans les camps (Ndiaye, 2001).


En conclusion, il est très important de tenir en compte de la dimension genre dans la résolution des conflits. Les femmes peuvent apporter des réponses idoines au problèmes de sécurité, à l'impunité des auteurs de violences, à la reconstruction et du développement. Dans l’optique de prévenir toute forme de conflit, de nouvelles formes de politiques incluant les femmes dans tous les sphères de la société sont plus que nécessaires. De nos jours les femmes sont incontournables pour l’atteinte des objectifs de prospérité, de stabilité et de paix. L’implication effective de celles-ci est sans nul doute la voie la plus efficace pour éviter les coûts humains, sociaux et financiers des conflits.

BIBLIOGRAPHIE

Boutron, C. (2019). Femmes en armes Itinéraires de combattantes au Pérou (1980-2010). presses universitaires de rennes.

CPRV. (2016). L’engagement des femmes dans la radicalisation violente. Quebec: Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence.

Felices-Luna, M. (2007, Decembre). L’implication des femmes au sein des groupes armés contestataires : la déviance au service d’une entreprise citoyenne. Champ pénal.

Foucher, V. (2007, avril). Tradition africaine » et résolution des conflits : Un exemple sénégalais. Politix, pp. 59-80.

Houérou, F. L. (2000, Juillet-septembre). Les femmes érythréennes dans la guerre d'indépendance 1971-1991 : L'émergence de « nouvelles actrices politiques ». Une enquête en chantier. . Revue d’histoire moderne et contemporaine, tome 47 N°3, pp. 604-6.

Kirby, P., & Shepperd, L. (2016). « The future past of the Women, Peace and Security agenda ». International Affairs, vol. 92, no 2, p. 373.

Muhiwa, L. K. (2008). De la problématique de la prise en charge des femmes et filles congolaises victimes des violences sexuelles, enquête mené en Ituri. licence Sociologie. RDC: Muhiwa, L. K. (2008). De la problématique de la prise en charge des femmes et filles congolaises victimes des vUniversité de Kinshasa.

Nahoum-Grappe, V. (2011, fevrier ). Violences sexuelles en temps de guerre. Inflexions N° 17, pp. 123-138.

Ndiaye, N. (2001). le role de la femme dans les conflits enafrique et la reponse de l'oim . Accra: OIM.

Nfundiko, J. S. (2015 , Mars). Femmes du Sud-Kivu, victimes et actrices en situation de conflit et postconflit . Hérodote , p. 182 à 199 .

Patten, P. (2018, Avril). Pramila Patten S’assurer que les victimes de violences sexuelles liées aux conflits ne sont pas laissées pour compte dans le Programme de développement durable. Geneve.

post-conflit, G. E. (2013). HAÏTI: les femmes exigent un rôle dans la reconstruction . Tribune droit des femmes.


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