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La vulnérabilité des femmes au Sénégal lors de la pandémie de Covid-19

Par Philomène Coumba TINE



L’inégalité entre les genres reste encore une question sociale et éthique urgente à résoudre mais il relève d’un défi économique important à relever. La discrimination basée sur le genre continue d’empêcher un grand nombre de femme à avancer, à s’émanciper et ceci pénalise le monde. En Afrique le genre féminin est pris dans un cercle de pauvreté car n’ayant pas le plus souvent accès aux ressources (économique, santé, éducation, justice), qui peut leur permettre de s’en sortir. D’ailleurs chercheurs et spécialistes en développement parle de plus en plus de « féminisation de la pauvreté » (1). Les données mondiales montrent que 70% des pauvres de la population mondiale sont des femmes, certaines études indiquent même que dans des pays comme le Mali, le Burkina Faso, le Bénin, le Niger entre 48 et 65% des femmes vivent dans la pauvreté (2).

La pauvreté des femmes d’Afrique accentue leurs vulnérabilités en période de crise. En raison de leurs rôles et statuts sociales. Dans les foyers, elles sont les principales productrices d’aliments pour les ménages, les dispensatrices de soins, d’énergie et biens d’autres services nécessaires au bien-être de leurs familles (3), c’est pourquoi elles sont considérées comme les premières victimes des crises.

Actuellement le monde fait face à la pandémie du coronavirus qui a déclenché une importante crise mondiale dont les effets sont plus ressentis par les pauvres. En raison des bouleversements que cette crise a emmené dans les sphères économiques et sociales de la vie humaine de manière générale et à travers le monde, cette maladie a été déclarée « pandémie » par l’OMS le 12 mars dernier (4). Les populations qui vivent dans la pauvreté, les mauvaises conditions de vie ressentent le plus les effets de la pandémie sur leur santé et il faut également dire que leur situation précaire compromette leur capacité à y résister. D’ailleurs beaucoup de propos ont avancé que les populations africaines sont actuellement en danger face à cette maladie qui se déploie rapidement sur le continent (5).

Le Sénégal enregistrait son premier cas d’infection au coronavirus le 02 mars 2020. Selon le ministre de la santé, l’épidémie ne faiblit pas et gagne rapidement du terrain avec des chiffres qui sont passés de 190 à 2,544 de personnes contaminées entre le 2 avril et le 19 mai. Jusqu’à l’heure actuelle le pays a enregistré 26 cas de décès lié à cette maladie (6); toutefois le pays fait face à une crise sans précédent qui touche l’ensemble des secteurs à l’instar des autres pays du monde. Cette crise sanitaire se heurte à la pauvreté, l’inégalité entre les genres, les normes sociales culturelles, religieuses, etc.

Les conséquences de la crise se font déjà sentir avec des conséquences sociales et économiques dévastatrices pour les femmes : la perte d’emploi et des pénuries constatées. En effet cette pandémie fragilise les acquis en matière d’égalité des genres et de droits de femmes. Au Sénégal 75% des femmes travaillent dans l’économie informelle (7) avec des revenus précaires et une faible couverture ou assurance maladie. Pour beaucoup elles sont dans le domaine du commerce, elles contribuent énormément au développement de ce secteur en traversant les frontières pour aller vendre leurs produits, pour fournir leurs services et apporter leurs compétences afin de répondre aux besoins économiques locaux. Les réponses à la pandémie du Covid-19 telles les mesures de confinement partiel: fermeture de marché, couvre-feu, voyage interurbain suspendu ; a augmenté une crise sociale auparavant existante en augmentant fortement la charge de travail non énumérée des femmes dans les foyers leur privant par la même occasion de pouvoir vaquer convenablement à leurs activités et de gagner leur vie pour répondre aux besoins de leur famille. Dans un contexte de pauvreté où de nombreuses familles du pays vivent au jour le jour, cette crise risquerait davantage de basculer ces principaux moteurs des foyers dans la pauvreté. En exerçant les activités génératrices de revenus comme le commerce, les inégalités de genre dont elles ont toujours fait face sont encore très perceptibles face à cette maladie : par exemple elles manipulent beaucoup les produits dont la monnaie, touchées par des centaines voire des milliers de clients sans avoir le temps même la possibilité se laver les mains, ne disposant ni de gel hydroalcolisés, ni de gants, ni de masques pour se protéger.

Dans le domaine de la santé par exemple, Oxfam rappelle que « les femmes sont particulièrement exposées au Covid-19 ». Au niveau mondial, elles constituent 70% des personnes employées dans le domaine de la santé (8) et plus de 53% de l’effectif global du personnel de santé du Sénégal (9). Elles encourent donc un risque accru d’infection du fait de leur présence dans les structures sanitaires et du contact permanent avec les malades et ceci non pas seulement par rapport au coronavirus mais à toute autre forme d’infection pouvant provenir de leur lieu de travail. Actuellement avec cette pandémie et la réduction des heures de travail dans de nombreuses structures telles que les structures sanitaires, les services ordinaires sont assurés au strict minimum ou en cas d’urgence. Ainsi les femmes font face aux effets indirects de cette pandémie. Des difficultés ont été signalées un peu partout sur l’étendue du territoire national. En effet en cas de maladies sans lien avec le Covid-19, il est difficile de se déplacer de région en région pour se faire soigner, pour accoucher ou pour des soins postnatals ce qui est une rude épreuve pour les personnes nécessitant des soins.

En résumé nous pouvons dire que le niveau d’exposition des femmes et les inégalités auxquelles elles font face peuvent être l’une des principales causes expliquant les conséquences économiques, sanitaire tel que le développement des maladies (10) ou la non résolution des crises de manière générale, c’est pourquoi il est donc essentiel à l’instar de ces nombreuses crises comme le Covid-19 d’associer le point de vue de celles-ci et de les traiter selon leur compréhension et engagement face au phénomène. Ce qui montre encore une fois de plus l’importance de régler la question de l’égalité du genre pour le bien-être de la société.


Bibliographie

  1. ONU, Féminisation de la pauvreté, https://www.un.org/french/womenwatch/followup.beijing5/session/fiche1.thml

  2. Banque Africaine de développement, 2016, Rapport sur le développement en Afrique 2015: croissance pauvreté et inégalité : lever les obstacles au développement durable

  3. Hatenet Aurélie, 2009, La femme, maitresse de maison? Rôle et place des femmes dans les ouvrages d’économie domestique au XVIII siècle, dans Histoire, économie es-société, 4 p21 -34

  4. OMS, Covid19 – Chronologie de l’action de l’OMS, https://www.who.int/fr/news-room/detail/27-04-2020-who-timeline---covid-19

  5. ONU Info, 2020, Covid – 19 : l’OMS appelle l’Afrique à se préparer au pire et à éviter les rassemblements de masse, https://news.un.org

  6. MSAS, Point de Situation sur le COVID-19,www.sante.gouv.sn

  7. ONU, 2016, Rapport2015- 2016 « Onu femmes »le progrès des femmes dans le monde. Transformer les économies, réaliser les droits »

  8. Oxfam, Covid-19: la solidarité n'a pas de frontière, www.oxfamsol.be/fr/covid-19-la-solidarite-na-pas-de-frontiere

  9. MSAS, 2015, Audit genre du Ministère de la Santé et de l’action sociale- République du Sénégal

  10. Kieny Marie-Paul et al, 2014, Résilience des systèmes de santé : réflexions sur la crise Ebola en Afrique de l’Ouest, OMS, Genève, Suisse, bulletin de l’OMS. 92: 850. doi : http://dx.doi.org/10.2471/BLT.14.1492

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