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Vulnérabilité et résilience des femmes Africaines en cas d’urgence sanitaire

Updated: May 19

Par Philomène Coumba TINE



Les crises sanitaires sont des évènements qui affectent la santé, elles sont accompagnées de catastrophes humanitaires et de répercussions sociales.

Les crises sanitaires telles que les épidémies de Sida, d’Ebola, de grippe, de peste entre autres continuent de soulever beaucoup d’interrogations dans les sociétés d’Afrique de l’ouest et du Sénégal en particulier. La situation d’urgence nécessite que ces interrogations aient des réponses rapides et spécifiques, guidées par la recherche épidémiologique, les questions sociales et de mesures de santé publique efficientes. Quand il y a catastrophe sanitaire toutes les couches de la population se retrouvent affecter. Toutefois de nombreuses études montrent que ces catastrophes peuvent renforcer et augmenter les inégalités de genre au sein des sociétés.

Dans la plupart des sociétés africaines, les hiérarchies sociales sont organisées en fonction du genre et de la génération. Il faut savoir que dans la société africaine, l’homme est considéré comme le chef et c’est à lui que revient toutes les décisions importantes au sein de la société. Cependant, ces sociétés restent majoritairement des sociétés matrilinéaires. Ce paradoxe contribue à produire des inégalités entre les sexes. Celles-ci se manifestent de plusieurs manières, dans l’éducation, dans la santé, et même dans les investissements en faveur de l’égalité de genre.

Du fait de leurs conditions de vie socioéconomiques, culturelles peu favorables, de leur place au sein des ménages, de leur vulnérabilité physique, les situations de crise sont d’habitude plus difficilement vécues par les femmes. Par exemple, avec l’épidémie à virus Ebola, les chercheurs ont démontré que les différences d’exposition entre les hommes et les femmes constituaient un facteur important dans la transmission du virus Ebola. En effet, les femmes constituaient la majorité des contacts, des cas et des décès liés à l'épidémie en Afrique de l’ouest (Fawole & al, 2016). En République Démocratique du Congo par exemple, à ce jour, les femmes représentent 62 % (280/450) de l’ensemble des cas infectés (OMS, 2019). En effet dans la plupart des communautés, le fardeau social incombe souvent uniquement aux femmes, ainsi elles sont plus susceptibles d'être le plus exposées. Les femmes jouent un rôle fondamental, elles sont souvent responsables des tâches ménagères, du maintien de l’environnement et généralement de la prestation de soins en cas de maladie. Zylberman a démontré une également dans une étude que des femmes enceintes étaient affectées par une surmortalité durant les pandémies de grippe (1918, 1957, 2009) (Zylberman, 2012). Cela met en évidence leur vulnérabilité accrue aux situations de crise sanitaire.

En même temps qu’elles sont les plus vulnérables, elles sont également les plus disposées à la résilience, à la reconstruction face aux séquelles de la maladie.

Dans le même ordre d’idées, leurs contributions à l’effort de réduction des risques de catastrophes sanitaires et du renforcement de la résilience dans les communautés sont souvent omises. Une étude de la CEDEAO sur l’assainissement et l’eau a démontré que les femmes sont exclues des processus de prises de décision et de mise en œuvre des programmes (Fall & al) et que leurs besoins ne sont pas pris en compte dans la planification des politiques publiques liées à l’assainissement. Malgré la promotion de l’égalité du genre au plan mondial, toujours encore l’on constate une marginalisation de cette couche de la population.

Au niveau régional, le protocole de Maputo garantit l’inclusion des femmes dans tous les domaines clés et la plupart des pays africains disposent de constitutions ou de lois fondamentales qui interdisent la discrimination fondée sur le sexe. Cependant, il existe un écart important entre les dispositions relatives à l’égalité entre les hommes et les femmes et la réalité quotidienne des femmes (UA, 2018). Cette situation d’inéquité se manifeste par une insuffisance des capacités requises pour mettre en œuvre l’intégration systématique du genre dans la résolution de catastrophe. Aujourd’hui encore la notion de genre doit surtout se focaliser et insister sur les compétences et les capacités des femmes surtout en matière de gestion des risques et remettre en cause l’image des femmes généralement présentées comme des victimes à cet égard. Il s’agit en autre de se situer au-delà des préjugés qui présentent les femmes comme toujours des victimes et de reconnaître leur rôle dans le processus de renforcement de la résilience de leur communauté et mieux analyser et comprendre leur place aux seins des sociétés. Si leur place est souvent plus importante que ce qu’elle paraît être, elles ne sont pas assez valorisées et mis en exergue du fait parfois de l’hyper-puissance des hommes. Ainsi il est essentiel d’intégrer les préoccupations, les besoins et les compétences des femmes de manière égale, dans les instances de décisions, les politiques et les programmes de réduction des risques de catastrophe. Au Sénégal l’association ‘Femmes Actions et Développement’ mène des activités significatives dans la prévention et la gestion des risques de catastrophes dans les familles. En agissant particulièrement dans les domaines de la gouvernance, la planification économique et sociale, l’association a démontré que ces femmes contribuaient de façon déterminante au développement durable (Soumaré, 2012).

En conclusion, promouvoir l’égalité entre les genres est une option rentable, capable de faire face aux catastrophes sanitaires, de réduire la vulnérabilité et d’accroître la durabilité des moyens d’existence au sein des communautés (PNUD & al, 2009).


Bibliographie

Fall , A., & al. (s.d.). L’assainissement et l’hygiène en Afrique de l’Ouest et du Centre. Senegal.

Fawole, O. I., & al. (2016, janvier-mars). Gender dimensions to the Ebola outbreak in Nigeria. Annals of African Medecine, pp. 7–13.

OMS. (2019, Decembre 6). Bulletin d'information sur les flamblées epidémiques. Récupéré sur Organisation Mondiale de la Santé: https://www.who.int/

PNUD, & al. (2009). Intégration de la dimension de genre dans la réduction des risques de catastrophes Politiques et directives pratiques. Genève: Intégration de la dimension de genre dans la réduction des risques de catastrophesPolitiques et directives pratiquesPublication conjointe de l’UNISDR, du PNUD et de l’UICN. Genève, Suisse, juin 2009.

Soumaré, S. (2012). l’adaptation au changement climatique dans le developpement etude de vulnérabilités selon le genre et le rôle des femmes dans la lutte contre les inondations à djiddah thiaroye Kao. Dakar.

UA. (2018). une afrique intégrée, prospère et en paix strategie de l’union africaine pour l’egalite entre les hommes et les femmes et l’autonomisation des femmes (GEWE) 2018-2028.

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